L’aquaponie et les cultures hors-sol obtiennent le label Bio aux USA!

Sacrée nouvelle que nous attendions tous depuis longtemps, ce 1er novembre 2017, le NOSB (National Organic Standards Board / Conseil national des normes biologiques) vient de trancher sur un sujet très compliqué et sujet à de vives critiques et dérives éthiques.

Après des années de débat, ça y est, le label USDA Organic est applicable à certaines fermes pratiquant l’hydroponie, l’aéroponie, l’aquaponie et tout autre type de culture hors sol!

Espérons que cette décision pousse peu à peu l’Europe à suivre cet exemple en prenant un peu plus en compte le vivant, l’éthique et les inégalités qu’elle peut créer.

C’est au terme d’un long débat très controversé que le NOSB a finalement pris cette décision bouleversante pour le monde de la culture hors sol.

Produire plus en respectant le minimum réglementaire et le cahier des charges du bio hors-sol, ou préserver les fondamentaux de la bio… Avec l’envolée du marché de l’agriculture biologique, deux visions s’affrontent.

Parmi les personnes qui satisfaites de la décision, il y a le groupement Recirculating Farms Coalition (http://www.recirculatingfarms.org/) composé d’agriculteurs et d’innovateurs dans le domaine de la haute technologie respectueuse de l’environnement.
Ce groupe a longuement bataillé pour que cette décision soit mise sur le tapis.

« En prenant en compte la science actuelle et en reconnaissant que la loi existante laisse volontairement la porte à diverses méthodes agricoles, la NOSB envoie un message critique selon lequel la durabilité et l’innovation sont précieuses dans l’agriculture américaine », a écrit la directrice exécutive du RFC, Marianne Cufone.

Des nombreux opposants à cette décision

Beaucoup d’agriculteurs qui étaient à l’origine du programme de certification biologique sont finalement farouchement opposés à cette décision du NOSB.

« Une agriculture bio à deux vitesses. »

En effet, seules deux grandes catégories d’agriculteurs vont pouvoir tirer profit de cette labellisation bio très coûteuse et donc réservée aux gros agriculteurs hors-sol et aux géants de l’agro-industrie. On peut par exemple citer Driscoll’s et Wholesum Harvest comme géant de l’agro-industrie hors sol aux Etats-unis.

Les activistes du biologique, comme l’Institut Cornucopia, voient l’arrivée de ce label comme un moyen bon marché et facile de faire payer une prime aux cultivateurs sans réellement toutefois appliquer les normes biologiques sur leurs cultures et exploitations agricoles hors-sol.

À la base, les aliments biologiques sont issus d’écosystèmes complets et complexes. Il faut également prendre en compte le fait que les agriculteurs biologiques s’engagent à prendre soin du sol, à agrader les sols grâce à la rotation des cultures et à diverses pratiques issues du bon sens, à prévoir des pollinisateurs naturels pour lutter naturellement contre les ravageurs, etc… Tous ces moyens qui sont oubliés permettent de travailler avec la planète et non de l’exploiter et d’aller contre nature avec la chimie et la science.

… et le soucis c’est que les conteneurs hydroponiques comme ceux de la société Driscoll’s ne reposent pas sur ces bonnes pratiques, ni ces éco-systèmes. Ces fermes en conteneurs sont délibérément séparées de l’environnement et ne contribuent pas à la santé du sol (en partie parce qu’ils n’utilisent pas le sol) ni à la santé générale du monde naturel et de la biodiversité. Sans parler de la provenance des engrais utilisés en hydroponie et parfois même en aquaponie recirculée.

Pour leur part, ces entreprises disent respecter les règles en matière d’utilisation de pesticides et devraient donc être autorisées à utiliser l’étiquette bio. Les défenseurs du bio pensent que c’est une énorme faille dans le label bio et que c’est un moyen d’obtenir le gros lot d’un label biologique en suivant la lettre les lois et normes imposées par ce label plutôt que de suivre l’idée de préserver la planète et d’y développer la vie.

À certains égards, il s’agit d’un débat malheureux, car il met en opposition les gens qui ont en tête pratiquement les mêmes objectifs. Les militants pro-bio et les petits fermiers hors sol veulent tous deux cultiver de la nourriture durablement de façon saine. Mais, comme avec la plupart des développements agricoles de ces dernières décennies, cette décision ne concerne pas les petits agriculteurs et favorise toujours les grosses exploitations souvent moins respectueuses de l’environnement et à la recherche des moindres profits ou failles juridiques pour toujours gagner plus.

David contre Goliath…

Pour conclure cet article on peut dire que c’est encore et toujours la même histoire… en France nous avons de petits maraîchers qui cultivent biologiquement leurs parcelles et qui préservent la biodiversité mais qui n’ont pas les moyens de se payer le label bio, alors qu’à côté des grosses entreprises de l’agro-industrie et agro-alimentaire qui peuvent se permettre de construire des fermes là où le label bio est bafoué et où les conditions de travail ne sont pas très loin de l’esclavage (cf fermes en Espagne qui exploitent des migrants en difficulté).

Pour de nombreux agriculteurs biologiques, ce label bio du hors-sol est une perversion totale de ce que le terme biologique est censé signifier et représenter.

En France, au niveau de la culture en terre classique, beaucoup de fondamentaux de la bio manquent aussi : le lien au sol vivant, l’interdiction de la mixité [du bio et du non-bio dans la même exploitation], le bien-être animal, bien-être des travailleurs, la durée pour passer du conventionnel au bio alors que les engrais et pesticides mettent plusieurs siècles à disparaître des sols, etc.

Les fermiers français se tournent donc vers la nouvelle mention Bio-Cohérence, créée en 2010 par des acteurs de la filière bio française, afin de reprendre en main le cahier des charges du bio.

 

Et l’aquaponie dans tout ça?

Dans un dernier article nous avions pu voir ensemble que l’aquaponie était plus efficace que l’hydroponie en partie parce qu’elle repose sur un milieu vivant avec des bactéries et organismes et c’est là que nous pourrions logiquement nous demander quelle est la place de l’aquaponie dans cette labellisation bio aux USA…

Fervant défenseur de l’aquaponie face à l’hydroponie, je ne suis peut-être pas le plus objectif mais je pense que vous saurez vous aussi faire la part des choses quant à ce label USDA Organic sur le hors-sol… tous les hors sols ne sont pas équivalents et dans le cas de l’aquaponie où le sol est vivant, il me semble que le label bio paraîtrait plus légitime.

Aquaponie et bioponie sauront-elles s’imposer planétairement avec le temps en matière de bio hors sol? Qu’en sera-t-il des plastiques non alimentaires dans la culture bio?

 

Pour aller plus loin :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/01/18/vers-une-agriculture-bio-a-deux-vitesses_5064854_3244.html

modernfarmer.com/2017/11/national-organic-standards-board-decrees-hydroponic-can-organic

 

Merci de m’avoir lu, j’espère que cet article vous a intéressé.

 

Pierre

Tipeee Aquaponie

Une réaction au sujet de « L’aquaponie et les cultures hors-sol obtiennent le label Bio aux USA! »

  1. LaurentRéponse
    Précision: le label « organic » était déjà possible pour le hors sol aux USA; la récente décision entérine la situation précédente, ce n’est pas réellement une avancée mais un recul a été évité. J’avais essayé de voir s’il était possible de faire validé un cahier des charges « USDA Organic » en France, mais les organismes certificateurs contactés trouvaient le cahier des charges trop peu précis, et ne proposaient pas cette certification. Cette décision de l’USDA changera-t-elle les choses?
    Laurent

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